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Les enfants de la Pérestroika / Episode 1 : La lumière vient de Zelenograd

Par Reggio 04/04/2021 1 commentaire


Chers camarades,

Il y a trente ans disparaissait l'URSS, et une certaine idée de l'organisation d'un monde bipolaire avec un méchant et un gentil selon le bloc dont on se réclamait. Mais ce monde avait commencé à se réformer quelques années plus tôt, lorsque, en mars 1985, le Politburo avait désigné un "jeunot" de 56 ans pour succéder aux dinosaures de ce système gérontocratique.

L'implosion de l'URSS, esquissée par la réforme institutionnelle de 1989-1990, s'accompagnait d'un plan de 500 jours de transition vers l'économie de marché. Cela signifiait que les frontières s'ouvraient, que le pays entrait dans la mondialisation. Et dans le développement des jeux vidéo aussi, ce mouvement a eu des répercussions, avec des compagnies créées et des marchés à conquérir, des jeux étrangers à distribuer, à localiser. On a coutume de dire qu'un certain Alexey Pajitnov, ingénieur à l'Académie des Sciences, fut le point de départ du jeu vidéo made in Russia avec le fameux Tetris. Et c'est certainement vrai ! Mais en parallèle à ce jeu de puzzle qui allait déferler sur le monde, il y a eu un autre événement, directement lié à la Pérestroïka, qui a agi comme le big bang du jeu vidéo en Russie : place à l'histoire de Doka.




Alors que Staline vient juste de mourir, en 1953, l'un de ses prétendants, Nikita Khrouchtchev décide de créer une ville nouvelle, à 40 km au nord de Moscou : une ville-satellite dédiée à la recherche scientifique, spatiale et militaire, que le Politburo finira par baptiser "ville Spoutnik". 

Zelenograd devient le fleuron de l'électronique et des Hautes technologies, la Silicon Valley soviétique au final. Mais c'est aussi une ville dont l'existence est secrète. Elle ne figure sur aucune carte avant les années 1980, et seules deux personnalités étrangères ont eu le privilège d'y pénétrer : Fidel Castro et... Georges Pompidou !

La ville grossit, accueillant près de 160 000 habitants parmi les meilleurs ingénieurs, savants, biologistes du pays. Et un Komsomol prestigieux s'y est localisé sous Brejnev : un camp pour les jeunesses communistes avec un pont en or vers des emplois prestigieux et une place de choix au sommet de l'Etat.

Le monde change, la Chine communiste expérimente les Quatre Modernisations et le pouvoir soviétique montre des signes d'usure : En 1985, le jeune Mikhail Gorbatchev, 56 ans devient le numéro 1 et cherche à sauver un système au bout du rouleau : c'est la Perestroïka. Parmi l'avalanche de décisions, le Komsomol de Zelenograd reçoit une étrange mission : créer une entreprise indépendante, pas privée mais dotée de moyens d'autonomie, pour devenir un centre électronique et de créativité en matière de haute-technologie. Ce sont ces jeunes soviétiques qui prennent en main la destinée de ce groupe : Doka Center. Nous sommes en 1987.

Ces jeunes sont brillants, doués en informatique, en biotechnologies, en domotique, et ils ont carte blanche pour inventer, innover, chercher à dépasser les maîtres occidentaux de la technologie. Parmi toutes les innovations, la société va se tourner vers les jeux vidéo : un contrat est signé avec Pajitnov pour distribuer Welltris et un contrat permet au développeur Alexey Silaev de créer des jeux que Doka édite et distribue sur tout le territoire de l'URSS. Puis sur le territoire de la CEI après 1991-1992.

Mais la grande force de Doka, ce sont les éclairages. Consoles, appareils à LED, panneaux de contrôle : l'entreprise a un savoir-faire qui lui permet de passer des contrats avec des firmes occidentales, et surtout une alliance avec l'Italien Clay Paky. Tandis que la Russie d'Eltsine s'enfonce dans la crise, Doka équipe les théâtres, les salles de concerts et multiplie les contrats, avec une notoriété qui dépasse les frontières. Le jeu vidéo est toujours une des activités des jeunes du Komsomol d'hier, devenus des quinquas et des sexagénaires aujourd'hui, sous la présidence de leur PDG Alexander Fokichev.

En attendant la fin de cette pandémie mondiale, et le retour des discothèques, concerts et spectacles éclairés par Doka Center, la firme reste l'emblème du passage de la Russie à l'économie de marché, et le point de départ du marché du jeu vidéo de ce grand pays de la création graphique et des studios innovants. Doka n'est pas qu'un spécialiste du LED et de l'éclairage automatisé, c'est le phare des enfants de la Pérestroïka. Quant aux jeux vidéo, Doka poursuit ses activités d'éditeur et des studios continuent de développer des idées, au tournant des années 2000.

Le mois prochain, nous poursuivrons notre enquête en Russie, avec un billet consacré à un second épisode centré sur une coopérative qui devient l'un des plus grands éditeurs de jeux vidéo de Russie. Et pour poursuivre la lecture de cette news, vous pouvez visiter la fiche de Doka que nous avons écrite en parallèle.
Les commentaires

Groovykid
le 06/04/2021 11:24
Chouette article ! on se cultive sur LTF ! Wow ! Vive la Russie ! Ya pas que Poutine en Russie ! Doka ! Privyt ! Priviet ! Spasibo ! LyubLyu Kokhanna ! Tak !
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