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Le sexe (ne) fait (pas toujours) vendre !Sorti en 1997, Riana Rouge tente de bousculer un genre pourtant bien établi à l'époque, celui du jeu d'aventure. Se présentant comme un jeu "d'action/aventure sensuel" tourné intégralement en FMV (Full Motion Video), il intègre des éléments de romance et d'horreur, proche de l'érotisme lesbien et du gore grand-guignolesque. Le joueur incarne Riana Rouge, une secrétaire introvertie et mise au placard victime d'une défenestration après avoir tenté d'empêcher son patron de violer sa nouvelle secrétaire. Au lieu de mourir, Riana atterrit dans un temple abandonné au milieu d'un monde désertique. Là, elle apprend qu'elle est une élue sensée sauver ce monde fantastique de la tyrannie d'un être maléfique (à savoir son patron) qui retient captive la jeune employée dans son château. Tombée amoureuse de cette dernière, la timide Riana va peu à peu devenir une guerrière redoutable prête à affronter des dangers mortels et faire couler le sang pour libérer sa nouvelle collègue et restaurer la paix dans ce monde corrompu.
Gillian Bonner, fondatrice et présidente de Black Dragon Interactive, souhaite à travers cette première production créer un nouveau type de jeu d'aventure à la fois parodique et militant, dénonçant le machisme patriarcal et soutenant l'émancipation des femmes à travers le voyage initiatique d'une inconnue mal dans sa peau qui prend conscience d'être une super-héroïne.
Si Gillian Bonner a des idées, elle manque de ressources, mais pas de culot. Pour réunir le million de dollars nécessaire à la production du jeu, elle décide de mettre à profit son expérience de mannequin chez Elite en postulant chez Playboy et convainc des investisseurs de financer son projet. Elle devient ainsi la Miss Playboy du numéro d'Avril 1996 et réussit à finaliser son premier jeu, où elle incarne le rôle principal.
Cependant, le jeu est un échec commercial. Beaucoup critiquent un gameplay simpliste, des graphismes dépassés et des énigmes sans intérêt. Sa classification "For Adults Only" n'arrange pas les choses, lui fermant les portes de la plupart des points de vente habituels. Mais il s'écoule tout de même près de 100 000 copies du jeu, ce qui incite Gillian à réfléchir à une suite (et pourquoi pas à une saga), sobrement intitulée Riana Rouge II.
Malheureusement, la chance tourne pour Gillian et Black Dragon Interactive dépose le bilan en 1999. Riana Rouge II ne verra jamais le jour et semble être resté à l’état de projet dans la tête de sa créatrice, car aucune image, pas même un croquis préparatoire, n’existe. Le site internet de BlackDragon a aujourd’hui disparu, ou plutôt a été remplacé par un obscur site chinois et seul le moteur de recherche Wayback Machine permet de restaurer en partie son contenu. A côté d’une rubrique dédiée aux produits dérivés (dont des exemplaires de la couverture de Playboy dédicacés par Gillian elle-même), on trouve une page décrivant les principales idées de gameplay de Riana Rouge II. Même sommaire (et rédigée de façon confuse), celle-ci est fort instructive et à la lecture de ces quelques lignes, on ne peut que regretter l’abandon de son développement.
En voici un bref résumé : A l’instar du premier jeu, Riana Rouge II se voulait révolutionnaire dans sa réalisation et son gameplay, tout en accentuant davantage sa thématique partisane de l’émancipation féminine et du sexe. Sa réalisation aurait été entièrement en 3D, là où son prédécesseur mêlait, parfois maladroitement, scènes réelles et effets spéciaux. Le jeu aurait été une suite directe du premier, se déroulant quelques années après l’an 2000. Riana aurait voyagé dans le monde réel mais également dans d'autres “mondes moins tangibles”, développant de nouveaux pouvoirs et multipliant les interactions avec son environnement mais aussi, et surtout, avec d’autres personnages. Sa quête aurait été “de protéger la qualité de vie des femmes comme des hommes”.
Dans ce monde, le sexe est une arme mais aussi un moyen de contrôler les autres. Ainsi, Riana aurait eu la possibilité d’avoir des relations sexuelles avec n’importe quel personnage rencontré, aboutissant à des conséquences diverses comme la révélation d’un indice, l’obtention d’une arme ou l’assurance de se faire un(e) nouvel(le) allié(e), ou au contraire de perdre de la santé, voire de subir une mort horrible. Cela aurait également eu une influence sur le déroulement du scénario, supposant ainsi de multiples embranchements dans l'histoire en fonction d’avoir ou non des relations intimes avec certains personnages, offrant ainsi une certaine liberté d’action au joueur, tel un RPG moderne.
Sans aller jusqu’au viol, le jeu aurait certainement reçu une classification plus mature (et donc plus contraignante pour sa commercialisation) que le premier jeu. Pourtant, Gillian ne fait pas l'apologie du sexe par pur intérêt commercial mais y voit une sorte de philosophie spirituelle contribuant à l'épanouissement personnel de chacun !
Si ces quelques notes ne font qu'effleurer ce qu’aurait pu être le jeu, il faut reconnaître qu’il y avait de bonnes idées et que, toute proportion gardée, on aurait pu espérer un jeu avant-gardiste, proche de la liberté que peuvent offrir des titres comme Fallout 2 ou The Witcher, mais avec une connotation nettement plus… libertine.
Bien que Gillian Bonner n’ait jamais eu la reconnaissance ni le succès d’une Roberta Williams (King’s Quest, Phantasmagoria) ou d’une Jane Jensen (Gabriel Knight), sa contribution féminine au jeu vidéo dans un secteur d’activité majoritairement masculin (et parfois sexiste) mérite le respect.
“This is not the end” déclarait Riana Rouge à la fin du jeu en s’adressant directement au joueur devant son écran, comme un ultime doigt d’honneur à cette société occidentale engluée dans le politiquement correct et le patriarcat complaisant. Un monde qui, malgré une lente évolution des mentalités et plus de 25 ans après la sortie du jeu, reste assez similaire à celui de notre héroïne. Qui sait, peut-être que Riana attend patiemment quelque part de faire son grand retour ?
“Riana, au secours !”
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