Tom Clancy's ruthless.com
Date de sortie
1998 ()
Systèmes
systeme
Multijoueurs


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titre Présentation

Les jeux de gestion d'entreprise ne datent pas d'hier. Ce qui variait dans chaque logiciel, en revanche, c'est le niveau de cynisme, entre le premier degré total de Capitalism et le ton sarcastique d'un Theme Park qui vous encourage à sursaler les frites et truquer les jeux de hasard, ou d'un Economic War encore plus caustique. Voici donc Tom Clancy's ruthless.com, qui continue dans cette voie avec un ton radicalement différent. Le titre du jeu nous informe de trois choses : la concurrence va être impitoyable, les entreprises en jeu oeuvrent dans le domaine informatique, et ça fait toujours bien de coller le nom de Tom Clancy même quand il n'a rien à voir avec le design du jeu. Le sous-titre ("This isn't business. This is war") founit une autre information essentielle. Car si vous vous attendiez à un Capitalism bis, plein de tableaux de chiffres et d'icônes de construction, préparez-vous à une grosse déconvenue : ici, nous sommes plutôt face à un... wargame !

En effet, ruthless.com utilise une approche abstraite et topographique de la guerre commerciale, qui se joue ici en tours, avec un nombre limité de tours par scénarios, exactement comme un wargame. Les règles de base sont les suivantes :
  • La grille à l'écran est le marché du logiciel que l'on veut conquérir. Chaque compagnie dispose d'un siège et éventuellement d'autres bâtiments qui y sont reliés, que l'on peut voir comme des filiales. Un bâtiment peut occuper une partie du terrain, pardon, du marché avec des cases de sa couleur (un peu comme dans 7 Colors). Pour cela, il doit avoir des produits à vendre. Il met ainsi la main sur les cases qui l'entourent dans un rayon égal au nombre de produits (exemple : deux produits = rayon de deux cases = douze cases au total).
  • Chaque case de la couleur de son camp rapporte 100 points par tour au départ, mais ce montant diminue de 10 points à chaque tour en raison de l'obsolence du produit. Seul moyen de stabiliser sa rentabilité : ajouter au moins un service de R&D (+10 points à chaque tour). Ce service peut aussi momentanément arrêter ses mises à jour pour développer une nouvelle idée (autrement dit, un nouveau produit). Les propriétés des services d'un bâtiment touchent aussi ses filiales.
  • Si les champs d'action de deux bâtiments concurrents se chevauchent, les cases communes reviennent à celle qui a le produit de meilleure qualité. Un service marketing double la "qualité" des produits de son bâtiment, et on peut cumuler ce facteur en ajoutant d'autres services marketing. Attention, un bâtiment ne peut pas contenir plus de six services, et il faut les financer à chaque tour.
Avec ces grandes lignes, il y a déjà de quoi donner un jeu astucieux, et idéalement le mode de jeu le plus simple aurait dû s'arrêter à ces règles pour rester accessible. Mais il y en a d'autres qui compliquent encore la situation :
  • En début de partie, vous devez choisir votre dirigeant, qui a une compétence spéciale. On ne peut lui donner que deux ordres par tour. Pour en donner plus, il faut embaucher d'autres cadres, et pour cela il faut un service de RH (pour les prospecter) et un service administratif (pour les embaucher).
  • Un service juridique génère 100 points juridiques par tour, qui servent à déposer des brevets (pour gêner la concurrence) ou attaquer d'autres sociétés en justice.
  • Un servie informatique sert à se protéger contre les cyber-attaques, mais peut aussi en lancer pour récupérer des informations sensibles. Attention, vos hackers n'aiment pas perdre du temps à jouer au démineur ou surfer sur les BBS, si vous ne leur assignez pas des cyber-attaques trop longtemps, ils en lanceront d'eux-même !
  • La concurrence libre et non faussée, ça va bien cinq minutes, mais là, c'est la guerre, et un service sécurité risque d'être indispensable face à des concurrents sans scrupules. Il peut mener des activités défensives (sécurite, protection des cadres), mais aussi agressives : infiltration, vol de technologies, espionnage, sabotage, soudoiement, enlèvement ou assassinat de cadres !
  • Les entreprises sont côtées en bourse, la valeur de leurs titres varie selon leur situation. Une faible cotation fait baisser la valeur de leurs bâtiments, qui peuvent être rachetés plus facilement.
  • Les transactions entre concurrents sont possibles, il suffit de choisir les deux termes du contrat - quelque chose du genre "je ne fais pas cette action contre vous pendant x tours, et vous m'offrez ceci en échange". Vous recevrez vous-même des offres de ce genre, que vous pouvez accepter, différer ou refuser poliment ou énergiquement.
Vous l'avez compris, les règles de ruthless.com sont plus proches de celles d'un wargame - ou plutôt d'un jeu de conquête stratégique, car les déplacements d'unités sont rares - que d'un simple jeu de gestion. La lecture du manuel est indispensable pour en comprendre les rouages, car vous assisterez parfois à des gros retournements de situation d'un tour à l'autre, qui ne sont pas toujours faciles à expliquer. Mais cela vaut le coup de s'accrocher, car ruthless.com a une qualité qui devenait rare en 1998 : l'originalité. Elle se manifeste notamment dans sa direction artistique. Pour les portraits et logos, le graphiste s'est inspiré ouvertement du style du grand Dave McKean (qui est remercié dans le générique), ce qui donne une touche cyberpunk appréciable au jeu. Les couleurs lumineuses et les bandes-sons propres à chaque compagnie participent aussi à l'ambiance étrange du jeu. Cela n'a pas suffi à convaincre les critiques, qui lui reprochaient cette réalisation bizarre et pas assez spectaculaire, l'ergonomie pas toujours au top (pas d'icônes ni de gestion du bouton droit) et la durée de vie un peu faible. Je complète ces reproches en ajoutant que l'on aurait bien aimé aussi quelques scénarios supplémentaires, ou mieux encore, un éditeur de scénarios, et la possibilité de reconfigurer certaines règles. Malgré tout, si vous aimez les jeux de gestion un peu tordus et complexes, et si vous passez du temps sur Steam à chercher des jeux audacieux ou hors-normes, ne vous arrêtez pas au nom de Tom Clancy, ruthless.com mérite un coup d'oeil - et il doit être encore meilleur en multijoueur.

titre Lancement

Testé avec VirtualPC + Windows 98.



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