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RoboCop : la trilogie

Par Hoagie 13/10/2017 2 commentaires

Vous avez peut-être vu passer la nouvelle cet été sur Twitter ou ailleurs : le 19 juillet dernier, c'était le trentième anniversaire de la sortie de RoboCop dans les salles obscures américaines. C'est une bonne occasion de revenir sur les adaptations sur micros des trois films de la série, l'une d'elle ayant eu un impact non négligeable en son temps.

titre RoboCop (1988)

Remontons le temps jusqu'en 1986. Après avoir repris en main tant bien que mal le développement mal géré des désastreux «Knight Rider» et «Street Hawk», Gary Bracey, le nouveau responsable du développement d'Ocean, monte une équipe interne de programmeurs et graphistes et se montre plus rigoureux dans le choix des équipes externes. Il compte sur un autre atout pour assurer le succès d'Ocean : les jeux basés sur des films. Il se trouve des contacts chez les principaux studios américains qui lui envoient les scénarios des films en cours de tournage, afin de repérer ceux qui pourraient faire l'objet d'un jeu vidéo - il recevra même celui de la "Couleur pourpre", pas franchement adapté à une telle adaptation ! Ocean peut ainsi sortir «Highlander», «Rambo III» et «Platoon». A cette époque, il reçoit d'Orion Pictures le scénario d'un film de science-fiction tourné par un réalisateur hollandais inconnu. Bracey sent le potentiel du film et renvoie le dossier à Jon Woods, co-fondateur d'Ocean avec un post-it lui enjoignant d'acquérir les droits d'adaptation du film. On l'aura compris, le film en question est "RoboCop", et comme il était peu "coté", Ocean a obtenu pour un prix raisonnable tous les droits d'adaptation, en jeux et en flipper. C'est donc devant Ocean que Data East a dû sortir le chéquier pour pouvoir développer sa borne d'arcade, et c'est la raison pour laquelle toutes les versions consoles et arcade portent la mention "Licensed from Ocean". La borne d'arcade en question reprend dans les grandes lignes le principe de «Dragon Ninja», avec moins de sauts (le flic-robot n'est pas doué pour cela) et plus de tir sur les malfrats qui surgissent aux fenêtres, ainsi que quelques séquences de tir sur cibles.

Habituellement, un éditeur qui planche sur une adaptation de film s'arrange pour que le jeu sorte à peu près en même temps que le film, afin de profiter au maximum de ses retombées médiatiques. Avec «RoboCop», Ocean s'est un peu planté, car les premières versions du jeu ont été mises en vente fin 1988, alors que la sortie du film en Europe s'est étalée entre octobre 1987 (Pays-Bas, Portugal, Italie) et mars 1988 (Danemark). Etait-ce pour des raisons techniques, ou ont-ils attendu que le jeu d'arcade (apparu lui aussi fin 1988) soit suffisamment avancé pour s'en inspirer ? Quoi qu'il en soit, «RoboCop» n'a pas trop souffert de ce délai, d'une part parce que la popularité du film est devenue énorme entretemps, et d'autre part parce que le jeu est arrivé peu après la sortie du film en vidéo (11 novembre 1988), et qu'en plus Ocean s'est débrouillé pour qu'une publicité pour le jeu soit incluse sur la VHS - une sacrée promotion !

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La publicité parue dans la presse anglaise fin 1988 (source : Internet Archive)

Nous voilà donc en cette fin d'année 1988 au Royaume-Uni. Le guerre des licences (surtout de jeux d'arcade) fait rage, et il faut de très gros titres pour les fêtes de fin d'année. Activision a «Afterburner», l'adaptation (ratée) du jeu de Sega par Argonaut Software. U.S. Gold a «Thunder Blade», un autre jeu de Sega, qui n'a d'ailleurs pas trop apprécié que deux de ses jeux se fassent concurrence frontalement. Virgin Games a un autre classique, «Double Dragon». Enfin, Ocean a deux gros noms dans sa hotte : sur micros 16 bits (Amiga, ST), l'adaptation d'«Operation Wolf» réalisée par sa toute nouvelle branche française, et sur micros 8 bits (ZX Spectrum, C64, CPC), «RoboCop», un jeu qui reprend le principe de la borne d'arcade, mais avec des niveaux inédits, des stages bonus représentant une prise d'otages ou la reconstitution d'un portrait-robot, une nouvelle bande-son signée Jonathan Dunn et des voix digitalisées sur Spectrum et CPC. C'est cette version qui sera adaptée plus tard sur GameBoy. Quelques semaines plus tard sort la version PC, assez tristounette car en CGA seulement, réalisée par Astros Productions. Cela mérite d'être souligné, car par la suite les principaux éditeurs britanniques de jeux d'action bouderont le PC, une machine chère, peu propice aux animations rapides (jusqu'à l'arrivée des PC AT) et de toute façon peu utilisée en Europe pour le jeu. Enfin, encore quelques semaines plus tard arrivent les versions Amiga et ST, cette fois des conversions fidèles à la borne d'arcade, avec en plus les stages bonus des versions 8 bits.

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RoboCop en quatre versions : ZX Spectrum, Amstrad CPC, Amiga, Atari ST (source : Mobygames)

On en vient au point le plus intéressant : «RoboCop» s'est-il bien vendu ? Je vais me permettre une petite digression musicale. Nos amis à cheveux longs connaissent évidemment les albums "Hysteria" de Def Leppard et "Appetite for Destruction" de Guns 'n Roses, sortis en août 1987, qui ont passé une bonne partie de l'année 1988 dans le top 10 du Billboard, passant l'un devant l'autre, atteignant parfois la première place quelques semaines, et s'écoulant à un rythme effréné - ils sont aujourd'hui respectivement 12 et 18 fois platine aux USA. La performance est tout particulièrement impressionante pour "Hysteria", d'abord parce que son enregistrement a coûté une fortune (il devait s'en vendre au moins 5 millions pour que Mercury rentre dans ses frais), ensuite parce qu'il est resté dans le top 10 entre septembre 1987 et février 1989, et enfin parce que Mercury a sorti pas moins de sept singles durant cette période pour soutenir les ventes de l'album. Cette digression avait pour but d'insister sur le fait qu'à son échelle, «RoboCop» a réalisé une performance comparable. Si l'on se fie aux classements publiés dans New Computer Express, «Operation Wolf», puis «RoboCop» s'emparent successivement de la première place; en août 1988, «RoboCop» y est encore au sommet. En décembre 1988, un an après sa sortie, il est toujours dans le top 10. Au total, il serait resté trente-quatre semaines à la première place. Selon le classement du mensuel Your Sinclair, uniquement pour les versions ZX Spectrum vendues dans les Virgin Megastore, «RoboCop» entre à la première place en avril 1989 et reste dans le top 10 jusqu'en février 1990. Peu importe la source, le résultat est le même : «RoboCop» a rapporté un énorme paquet de brouzoufs à Ocean et a conforté sa place de plus gros éditeur vidéo-ludique outre-Manche, et cela n'a pas calmé la fièvre des licences de films, et même de licences tout court.

Il reste un dernier point à souligner : il existe une deuxième version de «RoboCop» sur PC. A cette époque, Data East, le concepteur de la borne d'arcade, est implanté aux Etats-Unis et sert de distributeur pour les jeux OceanRenegade», «Batman - The Movie»). Or, aux USA, le marché du PC est bien plus important qu'en Europe et les joueurs en représentent une partie non négligeable. Data East a dû juger que la conversion d'Ocean n'était pas à la hauteur et en a fait refaire une par FACS Entertainment, en EGA et plus fidèle au jeu d'arcade.

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Les versions britannique et américaine de RoboCop sur PC (source : Mobygames)

titre RoboCop 2 (1990)

L'année 1990 n'a pas été avare en blockbusters d'action : "RoboCop 2", "Gremlins 2", "Die Hard 2", "Back to the Future III", "Predator 2", "Hunt for Red October", "Total Recall", "Navy Seals", "Days of Thunder", "Dick Tracy" et "Teenage Mutant Ninja Turtles". Sur ces onze films, cinq sont des suites, et tous ont été adaptés en jeux sur micros (sauf le dernier, lui-même une adaptation d'une BD). Partiellement scénarisé par Frank Miller, "RoboCop 2" a bénéficié d'un budget presque trois fois supérieur au premier et il a finalement moins bien marché, sans toutefois avoir fait perdre d'argent à Orion Pictures. Chez Ocean, la politique est aussi à la production en série sans prise de risque. Des trois films de la liste plus haut dont ils ont dégoté les droits, ils ont tiré trois jeux très similaires : des jeux d'action à scrolling multi-directionnel dans lesquels il faut tirer sur les nombreux ennemis qui se présentent. La programmation des différentes versions de «RoboCop 2» a été répartie entre trois équipes : Special FX (Amiga, ST), Painting by Numbers (C64) et l'équipe interne d'Ocean (CPC, ZX Spectrum). Toutes ont visiblement reçu le même cahier des charges, puisque le déroulement du jeu est le même partout (plateformes, séquences bonus de récupération de la mémoire et de tir sur cibles), mais la partie plateformes diffère sensiblement selon les versions : agencement des niveaux, graphismes des ennemis et otages, présentation de la barre d'information en bas de l'écran. «RoboCop 2» est un des rares jeux sortis en cartouche pour CPC+ et GX4000. Sans surprise, cette fois, pas de version PC.

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RoboCop 2 en quatre versions : Amiga, Atari ST, ZX Spectrum, Amstrad CPC (source : Mobygames)

titre RoboCop 3 (1992)

Le troisième "RoboCop" est à peu près aussi universellement haï que le quatrième Indiana Jones (dans l'hypothèse où un tel film existerait réellement, ce qui reste à prouver). Là encore vaguement basé sur un script de Frank Miller piétiné par le studio, il supprime toute la violence et la satire des précédents épisodes pour en faire un divertissement inoffensif pour ados, et pour ne rien arranger Peter Weller ne tient plus le rôle principal. Dans "RoboCop 3", RoboCop est assisté par une gamine (comme dans les productions Luc Besson), poursuit des criminels en voiture (comme dans les productions Luc Besson, mais sans Audi), affronte un ninja-yamakazi (comme dans les productions Luc Besson), et a même l'occasion de voler avec un jetpack. Bref, une catastrophe (comme les productions Luc Besson) qui a fait un bide colossal et a tué la licence pour un bon moment. Pour l'adaptation en jeu, Ocean s'est retrouvé dans une situation totalement opposée à celle du premier volet : alors que «RoboCop» était sorti bien après le film, «Robocop 3», lui, est sorti bien avant ! En effet, la sortie du film, prévue en 1992, a été considérablement retardée par la faillite d'Orion Pictures, et sa chronologie s'en est trouvée toute chamboulée. "RoboCop 3" est sorti d'abord en France, Espagne et Italie en juillet 1993, puis seulement en novembre 1993 aux Etats-Unis, et pour le Royaume-Uni, donc chez Ocean, il a fallu attendre juin 1994 ! Les versions 16 bits de «Robocop 3» ont été réalisées par Digital Image Design, qui se débattait alors avec le développement d'«Epic» et devait faire un geste pour Ocean qui commençait à trouver le temps long. «Robocop 3» est donc entièrement en 3D, et il est bien plus original que ses prédécesseurs. On y trouve des courses-poursuites en voiture, des explorations de bâtiments à la première personne, des combats contre le robot-ninja qui ont marqué bien des joueurs par leur difficulté, et enfin une scène de pilotage en jetpack pour coller au scénario du film (c'est pratique, cela permet de recycler les routines d'«Epic» et «F29 Retaliator»). Digital Image Design a réussi à bien reproduire la vision cybernétique de RoboCop et a ajouté des scènes intermédiaires pour présenter le scénario au lieu d'aligner bêtement les phases d'action. La version Amiga est aussi tristement célèbre pour sa protection anti-copie : un petit bitonio (ou 'dongle', comme on dit chez les Anglais) à brancher sur le port joystick et dont le programme vérifiait la présence. Cela n'a pas empêché les pirates de diffuser une version crackée du jeu outrepassant ces tests, et pour ne rien arranger le bitonio ne pouvait pas être branché sur l'Amiga 600. On notera qu'il existe des versions C64 et ZX Spectrum de "RoboCop 3", en 2D, et très proches des deux premiers, donc sans grand intérêt.

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RoboCop 3 en deux versions : PC et C64 (source : Mobygames)

Et on va s'arrêter là, puisque sur micros on ne verra plus aucune adaptation de RoboCop avant 2001, et ce qui suivra sera soit des remakes plus ou moins avoués du jeu d'arcade, soit de vulgaires FPS. Hormis Digital Image Design, aucun studio n'a tenté une approche plus originale du sujet - on est loin des multiples adaptations aussi variées qu'inégales de Terminator par Bethesda Softworks. Peut-être cela viendra-t-il un jour ?
Les commentaires

Wörgoth1975
le 14/10/2017 04:53
Excellent article. J'aime votre style et aussi votre extrême clairvoyance sur les productions de Luc Besson. J'en profite pour vous remercier d'avoir écrit et publié "Insérez la disquette n°2" qui est, pour le retrogamer nostalgique que je suis, un pur Chef-d'Oeuvre! Cette brillante rétrospective est devenue un Livre Sacré pour moi. Non je n'exagère pas. Une dernière chose. Le Metalhead, que je suis aussi, a beaucoup apprécié la petite digression musicale! \m/ Bref, merci Hoagie, et vive Day of the Tentacle! ;-)
Hoagie
le 16/10/2017 20:45
Merci beaucoup pour ce commentaire ! \m/ ^^ \m/
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