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Humeur/Réflexions

Silence, on double !

Par Hoagie 24/09/2017 0 commentaire

En planchant depuis l'automne 2016 sur la refonte de notre section des personnalités, en friche depuis des années, un de mes objectifs fut de fournir les informations les plus utiles dans chaque fiche. Certaines existaient déjà dans le Biiper (pays, comptes Twitter et Facebook), d'autres, comme le genre, sont des nouveautés. Afin de ne pas laisser vides le genre et le pays, j'ai choisi une méthode pour avoir le plus de résultats exacts : je me suis basé sur le prénom pour le genre, et l'origine géographique de chaque jeu pour le pays. Bien sûr, ce n'est pas optimal, il y a des prénoms ambigus ou obscurs, et les développeurs ont pu déménager d'un pays à un autre, mais en opérant chronologiquement, j'ai réduit autant que possible la quantité d'erreurs. L'étape suivante consiste à faire des vérifications, ce qui risque de durer un moment; pour cela, j'ai commencé avec les doubleurs. Je me doutais que ce serait facile d'obtenir des informations sur eux (IMDB, sites personnels). Cela m'a occupé plusieurs semaines, et le moins que l'on puisse dire, c'est que ce fut instructif.

Se renseigner sur les doubleurs permet de mieux saisir l'évolution de cette étape de la création d'un jeu. Aux Etats-Unis, les éditeurs pionniers du doublage intégral sont Sierra On-LineKing's Quest V», «EcoQuest») et LucasArtsLoom»). Or, les doubleurs de ces jeux, lorsque ce ne sont pas des graphistes ou programmeurs de la société, sont d'illustres inconnus dont les fiches IMDB sont désespérément vides. Curiosité parmi d'autres : Dore Zwingman, une des doubleuses d'«EcoQuest», est une retraitée qui a été citée à l'époque dans un article du New York Times sur le réseau Sierra Network. On commence à voir les noms de futurs collaborateurs réguliers de LucasArts sur «Indiana Jones and the Fate of Atlantis» (Denny Delk, Nick Jameson). On compte une ou deux célébrités par jeu en 1993 (Richard K. Sanders sur «Day of the Tentacle», Irwin Keyes sur «Sam & Max Hit the Road»), et c'est en 1994 que débarque la grosse artillerie du doublage, un signe de l'augmentation générale des budgets dans ce domaine. A cet égard, les castings de «Gabriel Knight» et «Full Throttle» sont éloquents. Mention spéciale également à celui de «Toonstruck», qui ne faisait pas les choses à moitié - l'échec commercial du jeu fut d'autant plus cruel. On remarque une évolution similaire chez les jeux Westwood : de parfaits inconnus ou des membres de l'équipe jusqu'en 1996, excepté Patrick Stewart sur «Lands of Lore», puis les choses sérieuses à partir de 1997 sur «Lands of Lore II» et «Blade Runner», ce dernier reprenant une bonne partie du casting du film à l'exception de Harrison Ford.

En France, le doublage a sauté cette première étape un peu hasardeuse. Les premiers jeux sur CD-ROM contenaient des musiques améliorées ou des séquences supplémentaires, mais peu de voix. Quand Art of Words a réalisé le premier doublage VF intégral d'un jeu américain («Sam & Max Hit the Road»), ils ont embauché des acteurs déjà expérimentés (Jean-Claude Donda, Pierre-Alain de Garrigues). Il y avait en France un tel vivier de doubleurs de dessins animés que les candidats sérieux ne manquaient pas. On notera que les jeux Adeline Software, Cryo et Kalisto ont des doublages anglais qui n'ont pas été réalisés à l'étranger, mais en France, avec des acteurs américains ou britanniques installés à Paris (David Gasman, Karen Strassman et bien sûr Christian Erickson, l'interprète de Lance Boyd dans «Megarace»). Il s'est passé à peu près la même chose en Allemagne. Cas particulier : Gert Günther Hoffmann, alias "le roi du doublage" dans son pays, n'est crédité que sur un jeu à la fin de sa vie - je vous laisse découvrir lequel sur sa fiche.

Au Royaume-Uni, les choses sont un peu différentes. Il y a bien sûr des acteurs pour les voix off des émissions, publicités ou jingles, mais comme on y parle la même langue qu'aux Etats-Unis, les télévisions ne font pas refaire le doublage des dessins animés, à quelques exceptions près. Elles en diffusent directement les versions américaines, avec les accents et expressions locales. Les voix des jeux anglais seront donc moins familières aux oreilles des amateurs de dessins animés. Heureusement, ce ne sont pas les acteurs britanniques qui manquent, notamment ceux des séries "Coronation Street" et "EastEnders", de véritables sagas dont la durée d'existence se compte en décennies. Autre exemple, sur «Discworld» et «Discworld II», on trouve des acteurs comiques renommés (Eric Idle, Tony Robinson, Nigel Planner). Les studios de jeu ont un autre atout dans leur manche : la BBC. Depuis sa création, l'ancestrale société de production a une longue tradition de diffusion de feuilletons radiophoniques - rappelons à tout hasard que "The Hitchhiker's Guide to the Galaxy" de Douglas Adams fut un de ces feuilletons avant d'être un roman. C'est donc une source d'acteurs audio non négligeable. Le jeu «Titanic : Une Aventure hors du temps» a ainsi été entièrement doublé par des speakers de la BBC, parmi lesquels Alan Dedicoat, la voix du tirage du loto anglais !

Je n'ai trouvé pour l'instant qu'un cas de "double doublage" anglais : «Normality». La version d'origine de Gremlin n'a fait appel qu'à trois acteurs. Le distributeur américain, Interplay, a dû trouver cela un peu léger et a financé un tout nouveau doublage avec un casting bien plus consistant : 16 acteurs, parmi lesquels Corey Feldman ("Les Goonies") dans le rôle principal. Vous pouvez vous amuser à comparer la version britannique et la version américaine sur YouTube.

Ce sont les premières leçons que l'on peut tirer de ce travail. Il y aurait bien sûr d'autres choses à dire sur ce sujet, mais cela fera peut-être l'objet d'un prochain article. Si d'autres faits plus ou moins connus de l'histoire du doublage vous ont marqué, n'hésitez-pas à nous les signaler !
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