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Préambule : Cette fiche traite d’un jeu classé PEGI 18, il n’est donc pas à mettre entre toutes les mains. De plus, The Suffering est un titre graphiquement très violent, et qui traite de thématiques très adultes sans détour, je ne recommande donc pas aux âmes sensibles d’y jouer.
Introduction
J’aime les Survival-Horror, et les jeux d’horreur de manière générale. La peur est un des sentiments les plus difficiles à retranscrire à l’écran, que ce soit dans un film ou dans un jeu, et nombreuses sont les œuvres vidéoludiques à l’avoir fait à la perfection, depuis les premières tentatives comme Alone in the Dark ou Haunted House par exemple. Et si il y a une période durant laquelle le genre a brillé, c’est bien les années 2000.
Dans le sillage du mastodonte Resident Evil sorti en 1996, de nombreux éditeurs auront tenté de s’engouffrer dans cette nouvelle niche créée par le jeu de Capcom, avec plus ou moins de succès. Si les premiers titres marquants sortiront dès la fin des années 1990 sur la première Playstation avec Fear Effect, Parasite Eve ou encore le premier Silent Hill, la période faste pour les Survival-Horror reste indéniablement la sixième génération de consoles, et par extension également le PC. Si Resident Evil continue son rythme de croisière en sortant Resident Evil Code Veronica en 2000 et Resident Evil Zero en 2002, Konami sortira de son côté les deux opus les plus populaires de Silent Hill avec Silent Hill 2 et Silent Hill 3 respectivement en 2001 et 2003.
Cependant ils ne seront pas les seuls à profiter de cet intérêt du public, et de nombreux studios tenteront de se faire une place sur ce nouveau marché, sur consoles et sur ordinateur. On peut notamment citer la tentative du studio français Hydravision en 2004 avec le très sympathique ObsCure ou encore le très inattendu mais excellent Eternal Darkness : Sanity’s Requiem sorti en 2002 en exclusivité sur la GameCube, car produit par Nintendo en personne. Autant dire que dans un tel contexte, de nombreux projets intéressants furent proposés aux joueurs, et pas forcément de la manière dont on les attend.
Arrive sans trop s’annoncer The Suffering, un Survival-Horror sorti en 2004 sur PC, XBOX et Playstation 2. Le jeu est développé par le studio américain Surreal Software, déjà à l’oeuvre sur l’adaptation du livre Le Seigneur des Anneaux : La Communauté de l’Anneau et la série de jeux Drakan, des jeux d’action-aventure sortis en 1999 et 2002, un studio dont The Suffering n’est donc pas un coup d’essai, bien qu’il s’agisse de leur première incursion dans le genre du Survival-Horror. Côté édition, on trouve un grand nom du Jeu Vidéo dans les années 80-90 en la personne de Midway Games, mais dont le succès a largement diminué dans les années 2000 au point d’aboutir à la mort de la société en 2010. The Suffering fait donc partie des derniers projets majeurs de l’éditeur avant de mettre la clé sous la porte, mais si cela peut vous rassurer, cela n’a rien à avoir avec une éventuelle mauvaise qualité de la part de The Suffering.
The Suffering est donc un Survival-Horror, bien que le Lead Designer du jeu, Richard Rouse III (également auteur du scénario) préfère utiliser le terme “Action-Horror” pour désigner le jeu. Mais avant de parler plus en détail du gameplay, un petit mot sur l’histoire (que je ne vais pas spoiler, ne vous en faîtes pas) : Nous sommes dans le Pénitencier d’Abbott, situé sur l’île de Carnate, au large de l’état du Maryland aux Etats-Unis. Là, nous faisons connaissance avec notre protagoniste, actuellement transféré dans sa cellule, un détenu appelé simplement Torque. Torque est dans le couloir de la mort, attendant son exécution pour le meurtre de sa femme et de ses deux fils, bien qu’il n’ait aucun souvenir de ces évènements. Après quelques dialogues avec ses co-détenus, un tremblement de terre coupe le courant dans la prison, et quelque chose massacre les autres détenus, à l’exception de Torque qui en profite pour s’échapper. Et nous voilà dans une prison en très mauvais état, avec des cadavres partout : les gardiens tirent à vue, certains détenus sont agressifs, et par-dessus le marché d’horribles monstres rôdent dans les coins sombres de la prison, rendant la perspective d’évasion de Torque bien lointaine.
Mais ici, on ne joue pas James Sunderland de Silent Hill 2, un pauvre quidam qui se trouve perdu dans les brumes de la ville et incapable de se servir correctement d’une arme. On ne joue pas non plus les membres des S.T.A.R.S. de Resident Evil, qui malgré leur statut d’unité d’élite de la police ne sont pas toujours capables d’abattre un zombie à bout portant, non non non. On incarne Torque, un prisonnier qui a vécu en foyer et qui a été endurci par une vie dans les quartiers dangereux de Baltimore : les armes, il connaît, il sait se battre et n’hésite pas à tirer le premier si nécessaire. C’est là que l’on revient à la notion d’Action-Horror mentionnée par Richard Rouse III : on n'incarne pas un héros faible dont les capacités de survie sont peu développées et qui va avoir du mal à affronter les menaces sur son chemin, Torque est mobile, puissant, et sait utiliser correctement toutes les armes qui passent à sa portée. Pour paraphraser Rouse III, dont les premières idées pour The Suffering remontent au début de l’année 2002, il avait en tête un jeu de tir inspiré par le rythme soutenu de Devil May Cry, mais mêlé à l’ambiance horrifique de Resident Evil, avec en plus un univers immersif comme dans Half-Life. Côté inspiration filmiques, le Shining de Stanley Kubrick fut une source majeure d’inspiration pour l’équipe, notamment pour le caractère très traumatisé du personnage de Torque, chez qui les événements à Abott risquent de réveiller des souvenirs… violents.
Le jeu est jouable à la fois en vue à la première et la troisième personne (bien que, d’expérience, je trouve la vue à la troisième personne plus agréable à jouer), et Torque dispose de deux jauges à surveiller en continu lors de votre exploration de l’île de Carnate : D’abord la jauge de santé, que l’on peut remonter grâce à des bouteilles de Xombium disséminées un peu partout dans les niveaux, et enfin la jauge de Folie, qui se remplit au fur et à mesure que l’on tue les différents ennemis que le jeu nous balance à la tête. Une fois cette jauge remplie, Torque peut se transformer en monstre très puissant, mais attention, passer trop de temps sous cette forme se révèle fatal. Parfaite transition pour parler d’un des points forts de The Suffering : son bestiaire ! Décrit en détail dans les carnets de Clem, un détenu présent depuis très longtemps sur l’île de Carnate, les créatures de The Suffering proposent un design particulièrement réussi, chaque monstre étant une représentation distordue et grotesque d’une des méthodes d'exécution pratiquées durant toute l’histoire de l’île. Injection létale, pendaison, décapitation, peloton d’exécution… Toutes ces méthodes plus inhumaines les unes que les autres sont passées à la moulinette horrifique de The Suffering, chacune disposant en plus d’une introduction particulièrement violente avant que Torque ne puisse l’affronter. Ces designs, beaucoup plus proches des monstres de Silent Hill que des zombies de Resident Evil sont tous dangereux à leur manière, et nécessitent une approche différente pour être abattus. Oh, d’ailleurs, les designs des ennemis sont signés Stan Winston, un artiste ayant connu une immense carrière au cinéma pour avoir créés les prothèses de plusieurs personnages iconiques pour la saga Terminator, Jurassic Park ou encore Edward aux mains d’argent.
Et The Suffering n’a pas peur d’en envoyer un grand nombre sur Torque, mettant à l’épreuve les réflexes et les compétences du joueur pour ne pas mourir, mais heureusement, l’arsenal à disposition du protagoniste évolue en même temps que les menaces qu’il affronte. On récupère rapidement un pistolet, puis une mitrailleuse, ce qui nous permet d’affronter plus aisément les nouveaux ennemis que le jeu nous balance à la figure. La prison étant plongée dans le noir, la lampe torche est un ajout obligatoire, qui servira surtout à vous faire pester quand elle tombera en panne dans les pires moments. Autant dire que les piles sont rares sur l’île et qu’il faudra s’en servir avec parcimonie. Il en va de même pour les précieuses bouteilles de Xombium, qui ne sont pas consommées quand ramassées, ce qui permet de faire des réserves pour se remettre sur pied après un combat un peu trop coton. Et des combats cotons, vous allez en avoir, mais pas seulement, car The Suffering comporte également un système de choix moraux, à l’instar d’un Silent Hill par exemple. Richard Rouse III parle de “Player-Empowerment”, où les choix du joueur tout au long du jeu vont avoir un impact déterminant sur la fin de l’histoire et surtout, la réalité concernant les meurtres qui l’ont envoyé dans le couloir de la mort. Tuer ou sauver un personnage, se laisser tenter par les divers fantômes hantant l’île… Tout ça impactera la fin, mais aussi l’apparence générale de Torque, ainsi que la photo qu’il transporte sur lui. Des choix moraux garderont Torque en bonne santé, et la photo sera toujours en bon état. Se laisser aller à la brutalité et au sadisme transformera Torque en un animal sauvage couvert de sang, avec une photo abîmée et couverte de ce même sang, et pourtant le design de base du personnage de Torque n’est déjà pas le plus “humain” du lot, et c’est un choix volontaire de l’équipe artistique : pour reprendre les mots de Mike Nichols, artiste sur le jeu, Torque est avant tout pensé pour ne pas avoir de ressemblance ou d’appartenance claire à une ethnie ou une nationalité particulière, et le seul aspect du personnage qui est censé ressortir est sa force physique, d’où son aspect très primitif, néandertalien.
Bon, jusque là, j’ai été plutôt dithyrambique sur The Suffering, et à raison car le jeu est excellent. Mais je vais devoir parler du principal défaut du jeu, et qui n’est, en plus, pas lié au jeu en lui-même, à savoir le doublage français. Le doublage français de The Suffering est une catastrophe à absolument tous les niveaux et réussit l’exploit d’impacter le jeu et pas de la bonne manière. Heureusement, le doublage n’est pas mauvais au point de par exemple éluder des informations relatives à l’histoire mais il est juste complètement à côté de la plaque. Les doubleurs, en plus de n’avoir aucune conviction tentent de pousser le côté “voyou” sur la majorité des personnages ou même d’avoir des accents clichés à la limite d’un sketch de Michel Leeb ce qui devient rapidement insupportable. Rarement j’ai vu un mauvais doublage autant impacter l’expérience de jeu d’une manière aussi négative, et c’est particulièrement frustrant compte tenu de la qualité globale de The Suffering.
Conclusion
Succès commercial à sa sortie notamment dû à sa sortie sur les trois supports les plus populaires de l’époque, notamment aux Etats-Unis, The Suffering s’est écoulé à plus d’1,5 million de copies, en faisant un des plus gros succès de Midway à l’époque, enclenchant la mise en chantier d’une suite sortie à peine un an plus tard, appelée The Suffering : Les Liens qui nous Unissent. En 2008, plusieurs titres édités par Midway, dont The Suffering, deviennent temporairement freewares grâce à un partenariat avec l'US Air Force qui autorise leur téléchargement en échange de quelques pubs "in-game" à la gloire de l'Oncle Sam. Après la faillite de Midway Games en 2010, les droits de The Suffering ont été rachetés par la division jeu vidéo de Warner Bros, et le jeu est sorti avec sa suite sur GoG en 2017… Mais ont été supprimés de la plateforme le 1er Septembre 2024, leur donnant le statut d’Abandonware.
Côté notes de la presse, le jeu a été extrêmement bien reçu de manière générale, que ce soit sur PC ou Console, avec un joli 80/100 sur Metacritic. Côté presse française, les avis sont moins positifs mais restent du bon côté des notes, avec un 7/10 chez Joypad et un 14/20 pour JeuxVideo.com. A titre personnel, je considère The Suffering comme un des meilleurs jeux d’action de sa génération, et l’implémentation de l’horreur et d’éléments propres au Survival-Horror le rend encore plus appréciable à mes yeux. Si vous cherchez un titre qui vous plonge dans une ambiance bien glauque tout en vous évitant de vous taper la tête contre le mur à cause de contrôles complexes, The Suffering est un jeu que je ne peux que vous recommander, et à qui je donne un Abandonware d’Or sans aucun problème.
IntroductionJ’aime les Survival-Horror, et les jeux d’horreur de manière générale. La peur est un des sentiments les plus difficiles à retranscrire à l’écran, que ce soit dans un film ou dans un jeu, et nombreuses sont les œuvres vidéoludiques à l’avoir fait à la perfection, depuis les premières tentatives comme Alone in the Dark ou Haunted House par exemple. Et si il y a une période durant laquelle le genre a brillé, c’est bien les années 2000.
Dans le sillage du mastodonte Resident Evil sorti en 1996, de nombreux éditeurs auront tenté de s’engouffrer dans cette nouvelle niche créée par le jeu de Capcom, avec plus ou moins de succès. Si les premiers titres marquants sortiront dès la fin des années 1990 sur la première Playstation avec Fear Effect, Parasite Eve ou encore le premier Silent Hill, la période faste pour les Survival-Horror reste indéniablement la sixième génération de consoles, et par extension également le PC. Si Resident Evil continue son rythme de croisière en sortant Resident Evil Code Veronica en 2000 et Resident Evil Zero en 2002, Konami sortira de son côté les deux opus les plus populaires de Silent Hill avec Silent Hill 2 et Silent Hill 3 respectivement en 2001 et 2003.
Cependant ils ne seront pas les seuls à profiter de cet intérêt du public, et de nombreux studios tenteront de se faire une place sur ce nouveau marché, sur consoles et sur ordinateur. On peut notamment citer la tentative du studio français Hydravision en 2004 avec le très sympathique ObsCure ou encore le très inattendu mais excellent Eternal Darkness : Sanity’s Requiem sorti en 2002 en exclusivité sur la GameCube, car produit par Nintendo en personne. Autant dire que dans un tel contexte, de nombreux projets intéressants furent proposés aux joueurs, et pas forcément de la manière dont on les attend.
Arrive sans trop s’annoncer The Suffering, un Survival-Horror sorti en 2004 sur PC, XBOX et Playstation 2. Le jeu est développé par le studio américain Surreal Software, déjà à l’oeuvre sur l’adaptation du livre Le Seigneur des Anneaux : La Communauté de l’Anneau et la série de jeux Drakan, des jeux d’action-aventure sortis en 1999 et 2002, un studio dont The Suffering n’est donc pas un coup d’essai, bien qu’il s’agisse de leur première incursion dans le genre du Survival-Horror. Côté édition, on trouve un grand nom du Jeu Vidéo dans les années 80-90 en la personne de Midway Games, mais dont le succès a largement diminué dans les années 2000 au point d’aboutir à la mort de la société en 2010. The Suffering fait donc partie des derniers projets majeurs de l’éditeur avant de mettre la clé sous la porte, mais si cela peut vous rassurer, cela n’a rien à avoir avec une éventuelle mauvaise qualité de la part de The Suffering.
The Suffering est donc un Survival-Horror, bien que le Lead Designer du jeu, Richard Rouse III (également auteur du scénario) préfère utiliser le terme “Action-Horror” pour désigner le jeu. Mais avant de parler plus en détail du gameplay, un petit mot sur l’histoire (que je ne vais pas spoiler, ne vous en faîtes pas) : Nous sommes dans le Pénitencier d’Abbott, situé sur l’île de Carnate, au large de l’état du Maryland aux Etats-Unis. Là, nous faisons connaissance avec notre protagoniste, actuellement transféré dans sa cellule, un détenu appelé simplement Torque. Torque est dans le couloir de la mort, attendant son exécution pour le meurtre de sa femme et de ses deux fils, bien qu’il n’ait aucun souvenir de ces évènements. Après quelques dialogues avec ses co-détenus, un tremblement de terre coupe le courant dans la prison, et quelque chose massacre les autres détenus, à l’exception de Torque qui en profite pour s’échapper. Et nous voilà dans une prison en très mauvais état, avec des cadavres partout : les gardiens tirent à vue, certains détenus sont agressifs, et par-dessus le marché d’horribles monstres rôdent dans les coins sombres de la prison, rendant la perspective d’évasion de Torque bien lointaine.
Mais ici, on ne joue pas James Sunderland de Silent Hill 2, un pauvre quidam qui se trouve perdu dans les brumes de la ville et incapable de se servir correctement d’une arme. On ne joue pas non plus les membres des S.T.A.R.S. de Resident Evil, qui malgré leur statut d’unité d’élite de la police ne sont pas toujours capables d’abattre un zombie à bout portant, non non non. On incarne Torque, un prisonnier qui a vécu en foyer et qui a été endurci par une vie dans les quartiers dangereux de Baltimore : les armes, il connaît, il sait se battre et n’hésite pas à tirer le premier si nécessaire. C’est là que l’on revient à la notion d’Action-Horror mentionnée par Richard Rouse III : on n'incarne pas un héros faible dont les capacités de survie sont peu développées et qui va avoir du mal à affronter les menaces sur son chemin, Torque est mobile, puissant, et sait utiliser correctement toutes les armes qui passent à sa portée. Pour paraphraser Rouse III, dont les premières idées pour The Suffering remontent au début de l’année 2002, il avait en tête un jeu de tir inspiré par le rythme soutenu de Devil May Cry, mais mêlé à l’ambiance horrifique de Resident Evil, avec en plus un univers immersif comme dans Half-Life. Côté inspiration filmiques, le Shining de Stanley Kubrick fut une source majeure d’inspiration pour l’équipe, notamment pour le caractère très traumatisé du personnage de Torque, chez qui les événements à Abott risquent de réveiller des souvenirs… violents.
Le jeu est jouable à la fois en vue à la première et la troisième personne (bien que, d’expérience, je trouve la vue à la troisième personne plus agréable à jouer), et Torque dispose de deux jauges à surveiller en continu lors de votre exploration de l’île de Carnate : D’abord la jauge de santé, que l’on peut remonter grâce à des bouteilles de Xombium disséminées un peu partout dans les niveaux, et enfin la jauge de Folie, qui se remplit au fur et à mesure que l’on tue les différents ennemis que le jeu nous balance à la tête. Une fois cette jauge remplie, Torque peut se transformer en monstre très puissant, mais attention, passer trop de temps sous cette forme se révèle fatal. Parfaite transition pour parler d’un des points forts de The Suffering : son bestiaire ! Décrit en détail dans les carnets de Clem, un détenu présent depuis très longtemps sur l’île de Carnate, les créatures de The Suffering proposent un design particulièrement réussi, chaque monstre étant une représentation distordue et grotesque d’une des méthodes d'exécution pratiquées durant toute l’histoire de l’île. Injection létale, pendaison, décapitation, peloton d’exécution… Toutes ces méthodes plus inhumaines les unes que les autres sont passées à la moulinette horrifique de The Suffering, chacune disposant en plus d’une introduction particulièrement violente avant que Torque ne puisse l’affronter. Ces designs, beaucoup plus proches des monstres de Silent Hill que des zombies de Resident Evil sont tous dangereux à leur manière, et nécessitent une approche différente pour être abattus. Oh, d’ailleurs, les designs des ennemis sont signés Stan Winston, un artiste ayant connu une immense carrière au cinéma pour avoir créés les prothèses de plusieurs personnages iconiques pour la saga Terminator, Jurassic Park ou encore Edward aux mains d’argent.
Et The Suffering n’a pas peur d’en envoyer un grand nombre sur Torque, mettant à l’épreuve les réflexes et les compétences du joueur pour ne pas mourir, mais heureusement, l’arsenal à disposition du protagoniste évolue en même temps que les menaces qu’il affronte. On récupère rapidement un pistolet, puis une mitrailleuse, ce qui nous permet d’affronter plus aisément les nouveaux ennemis que le jeu nous balance à la figure. La prison étant plongée dans le noir, la lampe torche est un ajout obligatoire, qui servira surtout à vous faire pester quand elle tombera en panne dans les pires moments. Autant dire que les piles sont rares sur l’île et qu’il faudra s’en servir avec parcimonie. Il en va de même pour les précieuses bouteilles de Xombium, qui ne sont pas consommées quand ramassées, ce qui permet de faire des réserves pour se remettre sur pied après un combat un peu trop coton. Et des combats cotons, vous allez en avoir, mais pas seulement, car The Suffering comporte également un système de choix moraux, à l’instar d’un Silent Hill par exemple. Richard Rouse III parle de “Player-Empowerment”, où les choix du joueur tout au long du jeu vont avoir un impact déterminant sur la fin de l’histoire et surtout, la réalité concernant les meurtres qui l’ont envoyé dans le couloir de la mort. Tuer ou sauver un personnage, se laisser tenter par les divers fantômes hantant l’île… Tout ça impactera la fin, mais aussi l’apparence générale de Torque, ainsi que la photo qu’il transporte sur lui. Des choix moraux garderont Torque en bonne santé, et la photo sera toujours en bon état. Se laisser aller à la brutalité et au sadisme transformera Torque en un animal sauvage couvert de sang, avec une photo abîmée et couverte de ce même sang, et pourtant le design de base du personnage de Torque n’est déjà pas le plus “humain” du lot, et c’est un choix volontaire de l’équipe artistique : pour reprendre les mots de Mike Nichols, artiste sur le jeu, Torque est avant tout pensé pour ne pas avoir de ressemblance ou d’appartenance claire à une ethnie ou une nationalité particulière, et le seul aspect du personnage qui est censé ressortir est sa force physique, d’où son aspect très primitif, néandertalien.
Bon, jusque là, j’ai été plutôt dithyrambique sur The Suffering, et à raison car le jeu est excellent. Mais je vais devoir parler du principal défaut du jeu, et qui n’est, en plus, pas lié au jeu en lui-même, à savoir le doublage français. Le doublage français de The Suffering est une catastrophe à absolument tous les niveaux et réussit l’exploit d’impacter le jeu et pas de la bonne manière. Heureusement, le doublage n’est pas mauvais au point de par exemple éluder des informations relatives à l’histoire mais il est juste complètement à côté de la plaque. Les doubleurs, en plus de n’avoir aucune conviction tentent de pousser le côté “voyou” sur la majorité des personnages ou même d’avoir des accents clichés à la limite d’un sketch de Michel Leeb ce qui devient rapidement insupportable. Rarement j’ai vu un mauvais doublage autant impacter l’expérience de jeu d’une manière aussi négative, et c’est particulièrement frustrant compte tenu de la qualité globale de The Suffering.
ConclusionSuccès commercial à sa sortie notamment dû à sa sortie sur les trois supports les plus populaires de l’époque, notamment aux Etats-Unis, The Suffering s’est écoulé à plus d’1,5 million de copies, en faisant un des plus gros succès de Midway à l’époque, enclenchant la mise en chantier d’une suite sortie à peine un an plus tard, appelée The Suffering : Les Liens qui nous Unissent. En 2008, plusieurs titres édités par Midway, dont The Suffering, deviennent temporairement freewares grâce à un partenariat avec l'US Air Force qui autorise leur téléchargement en échange de quelques pubs "in-game" à la gloire de l'Oncle Sam. Après la faillite de Midway Games en 2010, les droits de The Suffering ont été rachetés par la division jeu vidéo de Warner Bros, et le jeu est sorti avec sa suite sur GoG en 2017… Mais ont été supprimés de la plateforme le 1er Septembre 2024, leur donnant le statut d’Abandonware.
Côté notes de la presse, le jeu a été extrêmement bien reçu de manière générale, que ce soit sur PC ou Console, avec un joli 80/100 sur Metacritic. Côté presse française, les avis sont moins positifs mais restent du bon côté des notes, avec un 7/10 chez Joypad et un 14/20 pour JeuxVideo.com. A titre personnel, je considère The Suffering comme un des meilleurs jeux d’action de sa génération, et l’implémentation de l’horreur et d’éléments propres au Survival-Horror le rend encore plus appréciable à mes yeux. Si vous cherchez un titre qui vous plonge dans une ambiance bien glauque tout en vous évitant de vous taper la tête contre le mur à cause de contrôles complexes, The Suffering est un jeu que je ne peux que vous recommander, et à qui je donne un Abandonware d’Or sans aucun problème.
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