Kingpin : Life of Crime
Titre provisoire
Kingpin : Life of Crime - On the Street
Date de sortie
07/1999 ()
Genre
Age recommandé
Développement
Édition
Ré-édition budget
Distribution en France
Distribution en Espagne
Systèmes
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Multijoueurs


#cdaudio

titre De l'Amérique profonde à l'Amérique paumée

En 1997, le studio de développement Xatrix Entertainment sort Redneck Rampage, un FPS bien barré racontant le combat de deux frères fermiers issus de l'Arkansas rural pour récupérer leur cochon préféré enlevé par des aliens. Le jeu connait un succès mitigé mais attire l'attention du studio Id Software, qui recherche une équipe pour développer "The Reckoning", un add-on pour Quake II. Xatrix accepte et commence à travailler avec un programmeur du nom de Ryan Feltrin. Ce dernier, spécialisé dans l'intelligence artificielle, conçoit un système novateur à l'époque : le joueur peut recruter un space marine comme allié, communiquer avec lui et l'obliger à le suivre tout au long du niveau. L'idée n'est finalement pas retenue dans la version finale (permettant à Valve d'inaugurer cette fonctionnalité dans Half-Life quelques mois plus tard), mais Xatrix embauche Feltrin pour travailler sur son propre jeu, Kingpin, sous la direction de Drew Markham. L'idée première est de simuler une guerre des gangs en milieu urbain, dans un environnement en monde ouvert, basé sur le moteur de Quake II, sorti en 1997. Une sorte de Fallout 3D, en somme. Malheureusement, Xatrix n'a ni le temps, ni les moyens techniques pour un projet aussi ambitieux et doit se contenter de niveaux plus linéaires, répartis en quartiers au sein de la ville fictive de Radio City (située sur la côte Est des Etats-Unis), gangrenée par la violence et la corruption et dirigée par le Kingpin (le Caïd) et ses lieutenants. Le directeur artistique Viktor Antonov souhaite au départ concevoir un univers inspiré de Blade Runner "avec une touche gangster", mais le thème de la science-fiction disparait lorsque le groupe de rap Cypress Hill est associé au projet pour concevoir la musique du jeu. L'esthétisme de Kingpin devient alors plus original, mi-steampunk, mi art-déco des années 1930. L'univers urbain prend une forme anachronique, où les hélicoptères côtoient les monorails électriques et les mitraillettes Thompson. L'histoire se déroule dans "un passé qui n'a jamais eu lieu", très dystopique où l'essentiel de la population est composé de criminels, clochards et femmes de petite vertu. C'est ce qui rend Kingpin si particulier, à la fois réaliste et décadent. Mais qui mieux pour décrire l'atmosphère de Kingpin que son personnage principal haut en couleur ? Je m'efface donc pour lui laisser la parole, en vous demandant juste de ne pas le contrarier, le monsieur étant d'un tempérament assez "franc" !

titre La tête froide et le sang chaud

"Yo, mon gars ! Moi, c'est Thug et j'suis là pour te raconter mon histoire, parce que Kingpin, c'est mon histoire. Une histoire de vengeance ! Tout a commencé quand deux enc... m'ont tabassé et laissé pour mort dans une impasse de Skidrow après m'être embrouillé avec ce fils de p... de Nikki Blanco, l'un des lieutenants du Kingpin qui dirige Radio City depuis son gratte-ciel. La raison de cette embrouille ? C'est pas tes affaires, mais sache qu'il aurait mieux fait de me coller une balle dans la tête au lieu de me foutre une branlée, parce qu'il va prendre cher. Je vais le massacrer et tout lui prendre, à lui et à son sac à merde de boss, et c'est moi qui vais diriger Radio City, même si je dois défoncer tous les gros tétards qui se mettront en travers de mon chemin, y compris cette pétasse de Blunt, la garde du corps et bras droit du Kingpin (et sûrement aussi son plan cul). Attend, tu connais pas Radio City ? Putain, tu sors de quel trou ? Chicago, Détroit dans les années 1990, ça te parle ? Ben, Radio City c'est un peu pareil, sauf qu'ici c'est à la fois plus rétro et plus crade, comme si on avait pris une toile d'Edward Hopper et qu'on avait dégueulé dessus ! Les ruelles sales, les éclairages blafards et les squats miteux contrastent avec les grands immeubles art-déco du centre-ville. Radio City se compose de plusieurs quartiers bien distincts, chacun géré par un des lieutenants du Kingpin : la banlieue glauque de Skidrow, Poisonville et ses usines pétrochimiques qui feraient passer un site Ceveso pour une réserve naturelle, le port et ses dockers accueillants, l'aciérie de Steeltown et ses gamins exploités dans les fournaises, la gare de triage et ses cheminots qui font grève les armes à la main et les beaux-quartiers du centre-ville où les portes-flingues du Kingpin s'habillent en smoking.

Bref, y a que des crevures dans cette ville : gangsters, clodos, drogués ou putes, fais ton choix ! Et pourtant, y a du fric à se faire pour qui sait gérer un business. En plus, pas un seul flic à l'horizon, une vraie zone de non-droit. Dans la rue, la seule loi qui s'impose, c'est celle du plus fort ! Et les plus forts ont des flingues, des gros calibres, du genre à te châtrer à vif !

On peut se procurer neuf armes en tout : on commence avec un bout de tuyau tout juste bon à défoncer des caisses, mais si t'es malin, tu peux vite mettre la main sur un pied de biche. Ouais, comme Gordon Freeman, sauf que dans Kingpin, un mec qui se baladerait dans les rues avec une combi orange finirait en gang bang dans une cave avec le cul en choux-fleur, Hé hé ! Non, faut vite trouver un gun, ou encore mieux, un fusil à pompe pour se faire respecter. Plus tard, on peut dégotter un tommy gun, le même qu'à l'époque d'Al Capone. Avec ça, on peut cracher une diarrhée de bastos ! Sinon, le fusil d'assaut permet de partir en guerre et de faire des gros trous avec ses balles de 308, même si la cadence de tir craint si on sait pas viser. Si tu veux faire boum-boum, le lance-grenade ou le lance-roquette sont l'idéal pour envoyer un connard sur orbite ou l'éparpiller façon puzzle. Enfin, si tu veux te la faire à la flamme bien moyenâgeuse, le lance-flamme est ton ami ! Quoi ? Non, y a pas de lames ! Ici, on tabasse à l'ancienne.

Par contre, attention ! Si c'est la jungle dans la rue, deux endroits ne tolèrent aucune arme : le Pawnomatic et les bars. Le prêteur sur gage t'accueille le sourire aux lèvres pour te vendre des armes, les améliorer (pour le pistolet et le fusil d'assaut) ou pour faire le plein de munitions, santé ou protection (tête, torse, jambes). Les bars et autres clubs permettent de conclure des deals avec d'autres personnes qui ont les mêmes intérêts que moi ou de s'offrir les services d'hommes de main en échange de quelques billets.
Ben ouais, rien n'est gratuit dans ce monde ! Si t'as pas de blé, va falloir le prendre sur le corps encore chaud de ces bâtards. Pas de scrupules, buter un pauvre mec sans défense pour lui piquer 10$ pour s'acheter une trousse de soin, ça peut faire toute la différence entre survivre ou crever dans le caniveau.

Et c'est pas gagné, car Kingpin est un jeu dur, limite hardcore ! Dès le premier niveau, on crève comme une merde face à des sauvages qui nous éclatent en groupe avec des flingues alors qu'on a qu'un tuyau pas plus gros que ma b... Surtout que ces salauds visent juste presque à chaque fois, ont des réflexes surhumains et encaissent trop bien le plomb. Les dégâts ont beau être localisés, un tir dans la tête ne va pas forcément les refroidir. Parfois, il vaut mieux se faire discret en tentant de se faufiler derrière un mec (ou une meuf) pour lui exploser la cervelle à bout portant ou se planquer dans un angle et arroser à couvert. C'est injuste, pas équilibré pour un sou et j'imagine même pas le choc pour le gamin de 2025 qui à l'habitude de jouer à Call of Duty avec des armes qui font "piou-piou" ! Mais les pires de tous, ce sont ces saloperies de rats. Y en a partout ! Ils te mordent au moindre contact et sont une plaie à viser. Dans un conduit de ventilation, c'est l'horreur, genre "Téma, la taille du rat !". Trop tard, t'es mort !

Un conseil, oublie le mode "réel" si tu veux pas qu'on te fasse bouffer tes c… Privilégie le mode "normal" si t'as un minimum d'instinct de survie, ou le mode "facile" si t'es un sensible, car Kingpin ne pardonne rien !

Mais ne va pas croire que c'est le Far-West. Tu fais pas de vieux os si tu flingues le premier venu. Parfois, il vaut mieux ranger son gun et discuter tranquille, quitte à s'énerver un peu, pour avoir des infos et se faire quelques relations dans la rue. C'est toute l'originalité du jeu par rapport à la concurrence : l'interaction avec les autres. On peut discuter de deux façons : de manière positive (poser une question) ou de manière plus intimidante (menacer ou insulter). C'est comme ça qu'on fait son chemin… ou qu'on se fait buter parce qu'on a traité la daronne de la mauvaise personne. Ici, pas de QTE ou d'évènements scriptés, toute action a des conséquences ! Bon faut relativiser, c'est pas un jeu de rôle non plus, mais à sa sortie en 1999, c'est plutôt cool.

En plus, L'IA tient la route. Ces cons réagissent différemment selon la situation. Un pauvre gland équipé d'un tuyau s'enfuit s'il voit un fusil d'assaut, mais va essayer de te contourner pour te prendre à revers ou appeler du renfort. Tes gars assurent aussi et te suivent comme des petits clébards, même si tu dois monter des échelles ou sauter du toit d'un immeuble. C'est quand même autre chose que les gardes de Half-Life qui refusaient de quitter leur petite zone de confort. Bon, faut pas rêver non plus, ils ne sont pas capables de ramper dans un conduit de ventilation et te collent tellement au cul qu'ils risquent de te coincer dans un couloir étroit, mais dans l'ensemble, ils font le taf. Certains ont même des talents en crochetage de serrures, idéal pour ouvrir une porte ou un coffre-fort dont on a oublié la combinaison, hé, hé, hé ! Mais n'oublie pas que c'est pas tes potes, c'est des gilets pare-balles sur pieds, payés pour se prendre une balle à ta place et faire le sale boulot pendant que tu restes planqué dans un coin, alors t'attaches pas trop à eux.

Graphiquement, le jeu est vraiment pas dégueulasse ! Enfin, façon de parler, tu visites pas Versailles non plus ! L' Id Tech 2, principalement conçu pour des environnements intérieurs, est méconnaissable. Si t'aimes l'ambiance ghetto urbain et industriel, tu vas kiffer direct. Tout est dans le sens du détail. Tu veux un exemple ? Va faire un tour dans les chiottes publics, tu y trouveras un numéro deux qui te toise au fond de la cuvette ! Les dégâts sur les ennemis sont localisés et on peut les suivre à la trace lorsqu'ils pissent le sang. Et je te parle pas des démembrements, c'est du niveau de Soldier of Fortune (qui sortira l'année suivante) !

Niveau son, c'est du bon gros flow de la Côte Ouest avec Cypress Hill, rien à voir avec la merde autotunée des rappeurs d'aujourd'hui. Mais ce qui fait la force du jeu, même encore de nos jours, c'est son langage et ses insultes cultes. La version américaine est censurée par des "bip" à chaque "fuck" et ses dérivés, tandis que la version française permet d'apprécier toutes la richesse de son vocabulaire en matière d'insultes et de vulgarités. Idéal si tu veux te faire une réputation à la récré. Si Kingpin devait sortir maintenant, t'entendrais pas le quart de ses vannes scabreuses tellement ça vexerait certains coincés du fion. C'est simple, si tes oreilles fragiles ne tolèrent pas les insultes sexistes, homophobes ou les pratiques sexuelles de ta maman péripatéticienne, passe ton chemin et retourne jouer à Adibou.

Alors OK, tout n'est pas rose. Le jeu est sans pitié dès le début. Ces enculeurs de femmes à poil que tu dois descendre encaissent les dégâts bien mieux que toi et le gameplay, bien que plus varié que la plupart des FPS de l'époque, reste classique, mais bordel cette atmosphère de malade est franchement unique.
Non vraiment, mec, faut que t'essayes Kingpin au moins une fois dans ta vie si tu veux être crédible. Pour moi, c'est un putain d'Abandonware d'or 24 carats, point barre. Et si t'es pas d'accord, tu peux me sucer le jonc !"

titre Au mauvais endroit au mauvais moment

Hum... merci M. Thug pour cette intervention passionnée et enrichissante. Il est vrai que comme tout jeu ouvertement transgressif, Kingpin prend le risque de s'attirer les foudres des organisations bien-pensantes et de servir de bouc-émissaire pour justifier la déliquescence morale de la jeunesse moderne. Et ce qui devait arriver, arriva !
Le 20 Avril 1999, deux mois avant la sortie du jeu, la fusillade dans le lycée de Columbine aux Etats-Unis (Colorado) traumatise le pays. Deux élèves tuent 12 de leurs camarades et un professeur avant de retourner leurs armes contre eux. S'ensuit un débat sur ce qui a pu influencer les meurtriers à commettre un tel massacre. Les médias accusent les films, la musique mais aussi et surtout les jeux vidéo. Premier FPS à sortir après la tuerie, Kingpin est mis sur le banc des accusés, aux cotés de Postal ou GTA, alors que contrairement à ces derniers, la violence n'est jamais gratuite et la police y est absente. Les lobbies conservateurs s'en mêlent au point que des membres du Congrès Américain demandent son interdiction à la vente. Sous pression, des magasins refusent de vendre le jeu ou exigent l'apposition d'un avertissement sur la boite.
En réponse, Xatrix propose aux joueurs lors de l'installation une version censurée et protégée par un mot de passe, rappelant également qu'il n'a jamais été destiné à être joué par des mineurs.
Mais le mal est fait et malgré de bonnes critiques dans la presse spécialisée, le jeu ne se vend pas aussi bien qu'il aurait pu. C'est finalement le bouche à oreille et des versions localisées non censurées qui lui confèrent un statut culte parmi les amateurs de FPS.

titre Gangsta's Paradise

Pour une raison inconnue, le jour de la sortie de Kingpin marque la fin du studio Xatrix. Certains de ces membres se regroupent pour créer le studio Gray Matter Interactive, qui développe avec succès des titres comme Return to Castle Wolfenstein ou l'extension United Offensive pour Call of Duty.

En 2004, Interplay veut produire une suite de Kingpin sur PC et Xbox pour une sortie prévue l'année suivante, mais le projet est finalement abandonné.
En 2014, la rumeur d'un remaster du jeu émerge mais se pose un problème de taille : le code source a été perdu, ce qui implique une rétro-ingénierie complexe. C'est finalement 3D Realms qui produit le remaster et sort le jeu en 2023, mais c'est un échec commercial. Malgré l'apport de quelques fonctionnalités (inventaire repensé, modernisation de l'affichage à l'écran…), le moteur graphique est inférieure à l'original de 1999 et l'absence de version localisée rend le jeu fade.

En conclusion, Kingpin est un FPS à l'ambiance bien particulière, à ne pas mettre entre toutes les mains. Violent tant visuellement que verbalement, il parvient à innover dans un genre qui, à cette époque, peine à se renouveler et propose une liberté artistique salutaire, une bouffée d'oxygène dans un monde actuel où la pensée unique condamne la moindre transgression.
Preuve en est qu'il a marqué plus d'un esprit, une petite communauté de fans continue d'organiser des tournois en multi-joueurs chaque semaine et des mods de qualité sortent régulièrement. Citons entre autre Barren Meadow, Orbital Sanctum, Nightwork at the Factory ou The Final Crime, un épilogue non officiel.

Je me range donc du coté de M. Thug et lui décerne un Abandonware d'or. Après tout, c'est celui qui a le plus gros flingue qui a le dernier mot !

titre Trivia

- Kingpin : Life of Crime - On the Street est une version promotionnelle qui était à l’origine livrée avec des cartes graphique Riva TNT 2 et décrite comme un mélange entre une démo alpha et la version complète.
- Une publicité montrant des sacs mortuaires alignés avec la légende "Tu peux t'y habituer" a été censurée en Allemagne. Elle est visible dans la section "Publicités".
- Les musiques sont extraites de l'album "Cypress Hill IV" de Cypress Hill. Les trois pistes existent en version intégrale et instrumentale : Checkmate, 16 Men Till There's No Men Left et Lightning Strikes. Le groupe a également participé au doublage dans la version anglaise.
- Le doublage français de qualité est assuré par des professionnels de l'époque. Citons notamment Pascal Renwick, Thierry Desroses (la voix officielle de Samuel L. Jackson) ou Sylvain Lemarié.
- Les fichiers audio sont disponibles dans les dossiers du jeu. En les consultant, on peut découvrir des répliques doublées mais inutilisées ou, plus surprenant, des conversations de gardes du corps de sexe féminin, pourtant absentes dans la version finale.
- Le jeu s'inspire de la pop culture des années 1990 et surtout du cinéma, principalement Pulp Fiction et The Big Lebowski, à qui il emprunte certaines répliques ou personnages comme le Kingpin qui reprend les traits de Marsellus Wallace dans Pulp Fiction.

titre Lancement du jeu

La version automatique préparée par l'équipe intègre un patch supportant les écrans larges et améliorant certains effets visuels. Par ailleurs, si vous trouvez le jeu trop difficile, installez le mod "Rags 2 Riches"(https://www.moddb.com/mods/kingpin-rags-2-riches) qui rééquilibre la difficulté du jeu (les ennemis visent moins bien, les rats ne vous attaquent pas...). Ce dernier inclut également un pack de textures et modèles HD (bien que trop criards à mon goût), pouvant être installé séparément (copier-coller le fichier Pak7.pak dans le dossier Kingpin/main).

"Hey ! Un dernier tuyau gratos avant de se quitter. Entre deux fusillades, laisse tes gars se reposer un peu pour se soigner en leur demandant de rester sur place. Faut un minimum de retour sur investissement, pas vrai ?
Allez ! Eclate-toi bien, killer !"



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