KALISTO

1992 2002PuceFrance Bordeaux (voir sur l'atlas)
Autres noms : Mindscape Bordeaux, Kalisto Entertainment
Éditeur français basé à Bordeaux, Gironde.

Kalisto est une marque de la société française Atreid Concept, créée pour éditer leurs jeux (voir Trivia 1), après ce que Nicolas Gaume présente comme une trahison pure et simple de son premier éditeur, la société française Titus. Kalisto édite ainsi Cogito, S.C.Out et The Tinies, la version Mac de Tiny Skweeks (Loriciels se charge des autres versions pour micro-ordinateurs, et Titus conserve les droits pour la version Super NES). Les ventes sont très en-dessous des attentes, et les boîtes invendues s'empilent dans leurs locaux.

En 1994, Atreid Concept a besoin de capital supplémentaire pour s'agrandir. Deux candidats se profilent : IBM et The Software Toolworks / Mindscape, qui viennent d'être racheté par le groupe de médias britannique Pearson. Nicolas Gaume accepte finalement le plan de rachat (dont les invendus) de Pearson en 1995. Cela se traduit par de bonnes nouvelles (Al Unser Jr Arcade Racing profite du nom d'une célébrité américaine, et le jeu est choisi par Bill Gates pour accompagner le lancement de WIndows 95), et de moins bonnes. Mindscape somme sa nouvelle filiale de travailler sur une adaptation de "Thunder in Paradise", la série nullissime avec Hulk Hogan dont ils négocient la licence. Dépité, Nicolas Gaume revient trois mois plus tard avec une maquette prometteuse pour découvrir que la licence a été abandonnée depuis deux mois. Puis, au cours d'une réunion annonçant le renommage du groupe The Software Toolworks en Mindscape, sa société va être rebaptisée "Mindscape Bordeaux". Il a aussi le sentiment que les profits générés par ses jeux profitent avant tout à la maison-mère et pas à eux. Enfin, les dirigeants de Mindscape imposent le départ de Pierre Delaveyne, qui ne parle pas bien anglais. C'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase. En 1996, Nicolas Gaume décide de racheter son indépendance à Mindscape (voir Trivia 2) et la société se renomme Kalisto Entertainment.

À cette époque, tout semble sourire à Nicolas Gaume. Il est invité à deux voyages présidentiels au Japon (novembre 1996 et avril 1998), où Jacques Chirac ne tarit pas d'éloges à son sujet, et où Kalisto lance un jeu vidéo basé sur la culture française. Il est aussi invité à rejoindre le conseil exécutif du MEDEF. Fasciné par le concept de "transmédia", Nicolas Gaume prend des parts dans l'éditeur de jeux de rôles MultiSim (qui publie le JDR papier Dark Earth), dans l'éditeur papier Mnémos (qui publie des romans inspirés de jeux de rôle) et un éditeur de livres pour enfants en Chine. Il rencontre Steven Spielberg et suit l'adaptation de Dark Earth en série par Ridley Scott. L'édition de leurs jeux ne rencontre guère d'obstacles : Nightmare Creatures est courtisé par Sony (qui l'édite directement sur PlayStation) et Activision, Ultimate Race Pro et Dark Earth (voir Trivia 3) sont signés par Gilman Louie pour Microprose après quelques minutes de jeu seulement, et Kalisto décroche l'adaptation du film Le Cinquième Élément, co-produit par Gaumont, toujours chez Sony. Le projet Dark Earth 2 est lancé en partenariat avec SquareSoft, avec Tetsuya Nomura à la conception des personnages (voir Trivia 4).

En 1998, pour anticiper l'arrivée des consoles nouvelle génération, Kalisto a encore besoin de capitaux, et c'est hélas le moment où le numéro 2, Pierre Delaveyne, victime d'une opération ratée, ne peut plus assurer ses fonctions. Marqué par l'expérience Pearson, Nicolas Gaume se fie aux conseils insistants de ses collaborateurs et son banquier (le Crédit LMyonnais, la banque de Bernard Tapie) et choisit l'entrée en bourse. Mais ses projections sont trop ambitieuses (voir Trivia 5), et son banquier lui conseille donc de faire l'introduction en deux temps, la première tout de suite et la suivante un an plus tard quand la valeur de l'entreprise aura grimpé. Le 25 juin 1999, Kalisto fait son entrée au Nouveau Marché de la Bourse de Paris, emboîtant le pas à Infogrames, Ubi Soft, Cryo et Titus Interactive. Pour continuer à développer des "titres de commande", Kalisto ouvre un studio à Issy-les-Moulineaux, qui développera NYR : New York Race, et rachète DayLight Productions, un studio basé à Austin (Texas), qui donnera naissance à Jimmy Neutron et Bob l'éponge pour PlayStation 2 et GameCube. Parallèlement, la société investit dans les jeux en ligne, qui lui semblent représenter un marché prometteur. Nicolas Gaume estime qu'un projet suffisamment avancé est indispensable pour obtenir un contrat, aussi en met-il plusieurs en chantier, en tablant sur les futures levées de capital.

En 2000, la crise boursière dite de "l'éclatement de la bulle Internet" empêche Kalisto de lever les fonds prévus et les oblige à prendre un prêt-relais de près de 20 millions d'euros. Les gros investisseurs qui s'étaient présenté à la première levée de fonds ont déjà revendu leurs parts, et l'associé américain de Nicolas Gaume (voir Trivia 6) est lui aussi décidé à revendre son stock significatif d'actions. De plus, la transition espérée entre la PlayStation 1 et la PlayStation 2 n'est pas aussi fluide que l'avait promis Sony : les problèmes de production réduisent les stocks de PS2 prêtes pour Noël 2000, et les joueurs PS1 économisent pour préparer son achat, ce qui révise à la baisse les prévisions de vente. Les éditeurs repoussent les achats de projets PS1 et PS2, et même ceux qui s'étaient engagés ne sont plus fiables. Heurté de plein fouet par les coûts de productions énormes et le faible succès du film "Final Fantasy", SquareSoft a changé de PDG, et le nouveau ne se presse pas pour acquitter un dernier règlement pour Dark Earth 2 (il ne le réglera pas et le jeu sera annulé). Nicolas Gaume et son équipe financière omettent de signaler cette créance au commissaire au compte, ce qui est interprété comme une tromperie. De plus, ils ont confié la gestion d'une partie de leurs actions au Crédit Lyonnais, qui a tous les détails sur leur situation financière, ce qui en fait un actionnaire privilégié. Les soupçons s'accumulent.

Le château de cartes s'abat en février 2001, suite à l'annulation d'un contrat promis par Wanadoo Édition, qui exige finalement un règlement par échange d'actions ou rien. Kalisto comptait sur ce contrat pour équilibrer ses revenus. Au moment d'arrêter les comptes, les lettres d'intention des éditeurs sont ignorées et les développements en cours non signés sont passés en perte (voir Trivia 7). Conséquence : en lieu et place des 20 millions de CA espérés, Kalisto n'en réalise que 2,8, et 25 millions de pertes ! De nombreux projets sont abandonnés (le jeu multijoueur Highlander), les responsables financiers quittent le navire, la société est restructurée : réductions d'effectifs, fermeture du studio américain (voir Trivia 8) et des bureaux japonais. Le fonds d'investissement américain Global Emerging Market (GEM) est approché pour renflouer la société, mais la COB traîne tellement des pieds pour approuver ce plan que Kalisto n'a plus d'autre choix que de déposer le bilan et être mise en liquidation judiciaire au printemps 2002. L'équipe parisienne est reprise par Wanadoo Édition pour terminer Castleween. Sébastian Wloch, Olivier Goguel et d'autres employés rachètent les droits du projet sur lequel ils travaillaient (Super Farm) et fondent Asobo Studio. L'histoire ne s'arrête pas là, puisque les petits actionnaires saisiront la justice contre Nicolas Gaume et les administrateurs de la société (voir Trivia 9) pour obtenir réparation du préjudice subi.

Adresse : Cité Mondiale, Parvis des Chartrons, 33074 Bordeaux CEDEX

Trivia 1
Le nom de Kalisto provient de la volonté d'associer deux idées, trouver son chemin (suite aux désillusions Titus) et proposer des jeux de qualité. Un des premier nom trouvé pour la société après un brainstorming digne de ce nom a été "Qualitop", pour suggérer : le top de la qualité ... "Qualitop" plus "Callisto" (suivante d'Artémis transformée en Grande Ourse par Héra) ont au final donné Kalisto. Grâce à la passion de Nicolas Gaume pour la mythologie on apprend à la lecture de son livre que Callisto transformée en Grande Ourse aide les marins perdus à retrouver leur chemin. La boucle est ainsi bouclée [source : Citizen Game, p.144].

Trivia 2
La réalité est un peu plus complexe puisque la direction de Mindscape Bordeaux fait une offre de rachat à Mindscape, équivalent à un MBO dans le jargon des affaires, pour un quart de sa valeur initiale, arguant que cet achat a depuis été amorti par les ventes de leurs jeux. La situation est d'autant plus pressante que Pearson a découvert que Mindscape était une mauvaise affaire peu rentable, des fermetures de studios et des licenciements étaient déjà en cours. Après des négociations difficile, John Moore, alors CEO de Mindscape, obtient une distribution exclusive des jeux Kalisto, qu'il finit par céder en 1997.

Trivia 3
Il est important de souligner le rôle joué dans Kalisto par deux figures de Tilt : Guillaume Le Pennec, qui va diriger le projet Dark Earth et l'équipe éditoriale de la société, et François Hermellin, correspondant au Japon, qui va investir dans la compagnie et faciliter les rapprochements avec Enix et SquareSoft.

Trivia 4
C'est lors d'un visite à Kalisto que l'équipe de SquareSoft tombe sous le charme de la ville de Saint-Émilion, dont ils s'inspireront pour Vagrant Story.

Trivia 5
Toujours selon Citizen Game : Kalisto avait dépassé les 9 millions d'euros de CA en 1998, ils visaient 15 millions en 1999 (ils dépasseront les 16) et 60 millions en 2003. Mais leur banquier estimait possible une valorisation boursière de plus de 100 millions d'euros (!), et Nicolas Gaume planchait donc sur la levée d'au plus la moitié de cette valeur, soit 50 millions - cinq fois son CA d'alors.

Trivia 6
Surnommé Brad Rentrop dans Citizen Game, il y est décrit comme un avocat avec un carnet d'adresses long comme le bras qui avait travaillé dans le milieu du jeu vidéo chez LucasArts, Spectrum HoloByte et DreamWorks Interactive, où Nicolas Gaume a fait sa connaissance et lui a confié le bureau de Kalisto à Los Angeles. Après une recherche (merci les remerciements de Dark Earth), il s'agit de Dan Kaufman.

Trivia 7
C'est un point que les responsables financiers de Kalisto n'avaient pas éclairci, qui va coûter cher à la société, et qui serait un bon exercice d'économie : un projet de jeu prometteur et bien avancé, mais qui n'a pas encore d'éditeur et est donc développé sur fonds propres, est-il un actif ou une perte ? Vous avez une heure, les calculatrices sont autorisées.

Trivia 8
Selon Nicolas Gaume, son associé américain aurait fondé son nouveau studio, débauché son équipé et embarqué ses projets avant même que la liquidation de Kalisto n'ait été prononcée !

Trivia 9
Plusieurs noms sont modifiés dans [liv_773,Citizen Game], mais Kalisto avat au moins deux administrateurs internes (Jean-Paul Hazera et Arnaud Couaran) et quatre administrateurs externes (Franck Riboud, Emmanuel Chain, Alain Petit et Denis Le Pigeon). Le directeur financier adjoint à cette époque est Philippe Rousseau.
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